Sur Mastodon, il n’y a que des pédés et des gauchistes

Mastodon, le réseau social qui voulait concurrencer Twitter est tombé bien bas. Aucune promesse n’a été tenue. La centralisation a encore de beaux jours devant elle.

Mastodon, le réseau social qui voulait concurrencer Twitter est tombé bien bas. Aucune promesse n'a été tenue. La centralisation a encore de beaux jours devant elle.

Mastodon est un Fork de GNU Social qui est lui même un Fork d’un autre machin… J’ai la flemme de faire toute l’historique et puis, tout le monde s’en fout. Mastodon a fait la une des médias après que plusieurs utilisateurs zinfluents de Twitter se sont inscrit dans ce réseau similaire à Twitter, mais qui utilise une approche décentralisée. En surface, les avantages de Mastodon sont intéressants  :

  • Le code de Mastodon est libre et gratuit
  • Chacun peut héberger sa propre instance sur son serveur (des compétences pointues sont nécessaires)
  • Chaque instance peut communiquer avec les autres (dépendant des permissions)

Mastodon possède plusieurs avantages, car il permet de créer différentes communautés autour d’un sujet. Mais c’est loin de l’ouverture d’esprit vanté par ses créateurs. L’un des meilleurs articles sur Mastodon est celui-ci où l’auteur revient sur de nombreux aspects positifs de Mastodon, mais également sur ses aspects négatifs. Dans le positif, on a le design, la séparation des contenus des instances, etc. L’article est très long, mais on peut le résumer par une phrase : L’identité est difficile.

Mastodon est considéré comme un Fediverse (ironiquement, on devrait parler plutôt de faitdivers). Chaque instance de Mastodon va former une sorte de noeud avec les autres. C’est l’administrateur du serveur d’une instance qui détermine les règles et les serveurs qui peuvent se connecter à son instance. Parmi les plus grosses instances, on a Framapiaf ou Mamot. Ces deux instances imposent peu de règles et on est assez libre même si j’ai entendu de mauvaises choses sur Mamot.

Mastodon a été développé par Eugen Rochko, un allemand de 24 ans, qui voulait une alternative plus libre à Twitter. Notons qu’il ne l’a pas crée de zéro, car il a juste adapté GNU Social. Il possède sa propre instance qui est l’une des plus grosses du Fediverse. Même si Mastodon a surtout connu un grand succès au Japon.

Et en l’espace de quelques semaines, Mastodon est passé d’une bonne alternative de Twitter à une sorte de cul de sac puant à des kilomètres. Déjà, Eugen Rochko s’est mis à se comporter comme un véritable connard en bannissant toutes les instances qui ne lui plaisaient pas. En soi, c’est l’objectif de Mastodon, mais on est loin de l’utopie du village planétaire où chaque utilisateur est son propre réseau.

D’une part, il est difficile et couteux de créer sa propre instance. Un serveur typique peut couter de 20 à 50 dollars par mois en tablant sur quelques centaines d’utilisateurs. Même si tout le monde clame du libre comme des loups hurlant sous la lune, c’est autre chose quand il faut passer à la caisse. Et dans ce cas, seuls quelques motivés et irréductibles vont prendre le temps de maintenir une instance pendant plusieurs années. En sachant que la croissance de Mastodon est très ralentie ces derniers temps. Les gens lambdas s’en foutent complètement et ils ont raison.En fait, de nombreux admins de l’instance se basent sur les dons pour financer leurs serveurs. Et pour le moment, il y a de l’argent à la pelle, mais au fil du temps, les utilisateurs vont se désintéresser et de nombreux serveurs vont fermer à cause du manque de financement. Malgré son succès et sa base énorme d’utilisateurs, Twitter n’a jamais réussi à gagner efficacement de l’argent. L’équation est simple. Il y a peu d’utilisateurs pour beaucoup de réseaux sociaux. Seuls quelques uns ont gagné le gros lot et aujourd’hui, il n’y a même plus de miettes.

Mais le plus gros problème concerne les règles de chaque instance. Puisque l’admin est le seul maitre à bord, c’est lui qui fixe et de ce fait, on ne peut pas dire que Mastodon soit très démocratique, car à moins que vous fassiez l’effort de créer votre propre instante, vous êtes soumis à la dictature de l’instance. Le résultat est qu’on a des dizaines d’instances avec parfois des règles différentes dont on ne connait pas les admins.

A la base, des utilisateurs sont partis de Twitter vers Mastodon pour échapper aux trolls et aux nazis. Notons que dans la tête de certains crétins, vous êtes automatiquement un nazi si vous n’êtes pas d’accord avec eux. J’ai utilisé Mastodon pendant quelques semaines et j’ai toujours un compte sur Framapiaf, mais je n’y vais que rarement, car je ne trouve rien d’intéressant. Tout le monde utilise des bots et les mêmes crétins, qui chiaient sur Twitter et Facebook, demandent s’il y a un outil automatique pour publier sur Mastodon à partir de Twitter. On veut aller au paradis, mais on ne veut pas mourir.

Et au début, ça a marché et même aujourd’hui, certains vous diront que Mastodon est plus propre que Twitter. Mais Twitter est spécifiquement conçu pour répandre la haine. Vous ne pouvez pas dire grand-chose en 140 caractères et seule l’émotion et la haine vont transpirer de votre pensée. Mais Mastodon est plus propre que Twitter à cause du ban systématique de ceux qui n’étaient pas d’accord avec les opinions des libristes et des gauchistes en herbe. Je vous recommande de lire cet article de Global Voices sur le racisme en Espagne. Il n’y a pas de racisme en Espagne puisqu’il suffit de dire qu’il n’existe pas. Et c’est la même mentalité sur Mastodon. Mastodon est plus propre que Twitter parce qu’on nie et qu’on interdit la moindre comportement douteux. Les croisés de l’ère 2.0 contre la moindre pensée contradictoire.

L’une des instances les plus toxiques sur Mastodon est Witches.Town. C’est une instance dédiée à la communauté LGBTQ#Metstousleslettresdel’alphabetsituveux. A la base, cette instance est censé accueillir les communautés comme les féministes et autre qui sont très harcelés sur les réseaux Mainstream. Mais très rapidement, on est passé à une instance en mode Sa Majesté des Mouches où l’Admin et d’autres débiles profonds se sont mis à bannir tout et n’importe quoi. Et ce type de ban est très problématique.

Si vous êtes dans l’instance LesMéchantsNazis et qu’il y a des gens qui vous détestent dans l’instance LesGentilsLapins, un ban fait que vous, dans la première instance, ne pourrez pas communiquer avec aucune autre personne de la seconde instance. Une chose qui a été corrigé, mais le problème persiste souvent. C’est tellement absurde qu’on peut le comparer au mail. Vous êtes chez Yahoo Mail et vous avez un adversaire chez Gmail. Vous vous plaignez et Gmail fait en sorte que vous ne pouvez plus parler à toutes les personnes au monde qui ont une adresse Gmail.

L’identité est difficile et sa décentralisation est encore plus complexe. De plus, Mastodon est loin d’être un outil qui permet de passer d’une instance à l’autre. Vous pouvez importer vos abonnements, mais vos pouets sont totalement perdus. Cela signifie que si vous en avez marre d’une instance et que vous voulez passer à une autre, alors vous êtes bien baisé et vous devrez recommencer de zéro. Et c’est la même chose quand vous vous faites bannir. Facebook contrôle totalement vos données, mais il vous permet de les télécharger. Cela ne signifie pas que si vous téléchargez vos données et que vous supprimez votre compte Facebook par la suite, les données disparaitront des serveurs de Facebook. Non, Facebook va les utiliser pendant plusieurs années et en fait, Facebook aura même des données que vous n’avez pas fourni via ce qu’on appelle un Compte Shadow. Google permet également de télécharger les données personnelles de son compte. Là où je veux en venir est que Mastodon, qui veut être une alternative plus respectueuse de la vie privée, n’offre pas une option qui est disponible chez les géants qui violent allègrement votre vie privée.

Dès qu’on a suffisamment de personnes dans un service, alors la tendance veut qu’on aille vers la centralisation. Des centaines de personnes, 1000 fois plus intelligentes que le mec qui a crée Mastodon, ont tenté de résoudre ce problème de l’identité. Le DNS, l’adresse IP ou le mail sont des tentatives de décentralisation et même s’ils marchent nickel, il y a des problèmes systématiques. On ne peut pas toujours identifier précisément quelqu’un avec l’IP qu’on peut tromper par un VPN. Pour la sécurité, on a le PGP, mais l’adresse est tellement imbitable que personne ne l’utilise.

Mais on va arguer que Mastodon est plus intéressant et que le verrouillage des communautés permet de s’exprimer sans craindre les foudres du village mondial. Le problème est que cela crée de telles bulles de filtrage que cela devient des boules de pétanque. Les réseaux sociaux ne sont pas uniquement pour se branler avec ses photos de vacance ou qu’on est toujours dans la hype du moment, car il doit servir à se confronter avec des informations contradictoires. C’est difficile, moi même, j’ai une sainte horreur d’y être confronté, mais c’est absolument nécessaire pour faire progresser la discussion. Evidemment, si on m’aborde avec une insulte, alors je vais répondre avec cette insulte 910 et la personne en face va faire des cauchemars à vie en étant traumatisé. Mais s’il y a des arguments intéressants, alors on peut progresser. Mastodon est une branlette intellectuelle. C’était le cas de Diaspora, de GNU Social et de toutes les autres tentatives pour créer des alternatives aux réseaux Mainstream. Le résultat est un échec aussi cuisant que retentissant.

Sur le web, on a une prédominante de contenus gauchistes. Mais en face, les partisans de la droite ou de l’extrême-droite sont également très présents. Et ces partisans sont confrontés à une censure systématique sur Facebook. Dès qu’ils publient quelque chose, alors il y a des milliers de signalements par leurs adversaires et ils se font censurer. Et en discutant avec l’un d’eux, je lui dit pourquoi ne pas aller sur Mastodon et il m’a répondu la phrase qui fait le titre de cet article : « Sur Mastodon, il n’y a que des pédés et des gauchistes« .Et il avait raison. Quand Mastodon est devenu populaire, les partisans de droite se sont inscrits sur plusieurs grosses instances. Les gauchistes ont débarqué comme des furies et ils ont signalé à mort ces comptes. Ces partisans sont rapidement partis et ils ne sont plus revenus.

Les adeptes de la démocratie et du libre sont devenu les mêmes oppresseurs qu’ils dénonçaient sur Twitter et Facebook. C’est aussi con que de tenir des réunions en excluant les blancs par exemple sous prétexte que les « autres » ont besoin de parler entre eux. Dans ces conditions, Mastodon peut continuer à vivre du moment qu’il n’y pas de contenus dérangeants, mais ce n’est ni un réseau ouvert à tous, ni décentralisé. Pour être décentralisé, il faut que l’outil puisse être accessible à tout le monde. Les développeurs vont éjaculer devant la technologie de Mastodon en clamant que pour une fois, ce n’est pas du PHP. Mais la technologie n’est pas des bouts de code qu’on montre pour faire genre, la technologie doit servir à créer des ponts entre des communautés totalement antagonistes.

Au final, Mastodon n’est pas plus innovant qu’un forum. Depuis 2014, les forums reviennent à la mode. Cela permet de créer une communauté centralisée avec des règles précises et chacun accepte librement ses règles. Mastodon veut croire que c’est une plateforme globale, mais c’est faux et elle ne le sera jamais. En fait, dans les prochains mois, je prédis qu’elle va s’extrémiser de plus en plus en devenant une sorte de Diaspora. De plus, depuis plusieurs années, on a appris cette leçon que la voix des utilisateurs n’est pas égale. Il y a aura des crétins qui vont devenir zinfluents et d’autres qui vont se ramasser. Et cela augmente la possibilité de filtrage et de prédominance d’un point de vue donné par rapport aux autres.

Cet article n’a pas vocation de démonter Mastodon. Il montre simplement les limites de ce type de réseau social qui se focalise sur un seul aspect positif en oubliant des dizaines d’autres négatifs qui sont des blocages insurmontables pour une adoption massive. Mastodon est un pas vers un outil vraiment décentralisé et accessible à tous, mais il faut arrêter de le considérer comme une solution miracle. Pour qu’un outil soit vraiment un concurrent des réseaux Mainstream, il faut qu’il possède les points suivants :

  • Une facilité d’utilisation exemplaire
  • La capacité de l’héberger avec le minimum de compétences
  • Un cout de maintenance et d’hébergement minimal
  • Des options suffisantes pour convenir à une communication moderne.

En soi, ces conditions sont assez simples, mais elles sont également insurmontables. Pour que l’outil soit vraiment populaire, il faut que tout le monde puisse l’installer sans aucune connaissance préalable. Pourquoi WordPress a-t-il si bien marché ? C’est parce qu’on peut l’installer en 5 minutes chrono. Le mec n’a pas besoin de faire 5 siècles de développement pour l’installer. Le successeur de Mastodon devra respecter le principe KISS (Keep It Simple and Stupid). Des outils comme Shaarli ou le lecteur de RSS Kriss sont de bons exemples de KISS. Vous balancez un seul fichier sur le serveur et il fonctionne.

Ensuite, le cout d’hébergement et de maintenance doit être minimal. L’exemple de Whatsapp est très intéressant. A ses débuts, cette messagerie était payante. Vous aviez 12 mois gratuits et ensuite, vous deviez payer 99 centimes de dollars par an. Cela fait 8,25 centimes par mois. Et pourtant, il y avait des gens qui cherchaient des versions piratées soit parce qu’ils préfèrent ne pas payer ou soit, parce qu’il ne pouvait pas payer à cause des restrictions dans leurs pays. Si tout le monde peut se payer l’hébergement pour l’outil, alors cela augmente considérablement la stabilité et on aura une décentralisation parfaite. Et ensuite, l’outil doit être simple, mais il devra intégrer des options pour la communication moderne. Ce dernier point est très difficile, mais je pense qu’il est tout à fait possible de le faire. IRC continue de fonctionner même aujourd’hui…

Si le successeur de Mastodon respecte les principes que j’ai énoncé, alors on évite également l’approche pyramidale où seuls quelques crétins pourront dominer sur le réseau en dictant leurs règles à tout le monde. Tout le monde pourra se confronter, car tout le monde aura les mêmes moyens de combattre. Cela va devenir violent et c’est ce qu’on voit sur Facebook ou Twitter, mais la principale différence est que la censure sera moins présente. Mais ce type d’outil, à mon sens, est une utopie plus qu’autre chose. Parce qu’au delà de l’aspect décentralisé, il fournit une base démocratique pour communiquer. Avec un tel outil, on peut communiquer et se rassembler facilement et avec les tendances liberticides et génocidaires des gouvernements actuels, il ne faudrait pas longtemps pour que les gouvernements l’interdisent à tour de bras.

 

 

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