Ne vous en déplaise, la Grossophobie est juste du marketing

Quand des médias parlent de la grossophobie, on a l’impression que c’est une véritable machination contre les obèses, mais comme d’habitude, la réalité est plus nuancée et beaucoup plus complexe.

Quand des médias parlent de la grossophobie, on a l'impression que c'est une véritable machination contre les obèses, mais comme d'habitude, la réalité est plus nuancée et beaucoup plus complexe.

Gabrielle Deydier est une journaliste et elle vient de sortir un livre intitulé “On ne naît pas grosse” où elle parle de la popularisation de la grossophobie, c’est-à-dire une attitude de rejet et de quasi racisme par la société envers les gros.1 Notons que grossophobie est un terme marketing qui ne veut rien dire, mais il s’inspire de ce qu’on connait comme le Mouvement d’acceptation des gros (Fat acceptance movement) qui est nait aux États-Unis à partir des années 1990.2 Le terme de grossophobie est très mal approprié, car cela impliquerait une phobie dont la définition est une peur démesurée et irrationnelle face à un phénomène ou un objet. La phobie provoque des crises d’angoisses et des paniques face à certains objets comme des araignées, des germes ou des situations comme le fait de se trouver dans une foule (agoraphobie) ou dans des milieux confinés (claustrophobie). La société n’a pas une peur panique contre les gros et les grosses, mais c’est un problème d’acceptation des gros et des grosses par rapport à une certaine normativité.3 4

La grossophobie est très liée au féminisme puisque les grosses estiment qu’elles sont harcelées dans le milieu professionnel même Gabrielle Deydier va plus loin que le Body ou le Fat Shaming qui concerne des attaques sur l’apparence du corps des personnes, principalement sur le web. Et le gros problème du livre de Deydier est qu’elle raconte ses témoignages personnels et je le répète, le témoignage ne sera jamais une preuve scientifique pour identifier un comportement discriminant. J’ai trouvé très peu de papiers sur la grossophobie et les rares qui existent concernent plus sur le mouvement social dans son ensemble et la combinaison avec le féminisme. La grossophobie s’inspire également des clichés de la société vis à vis de la communauté LGBT et elle les adapte pour se conformer à sa propre vision.5

Les partisans de la grossophobie estiment que l’épidémie d’obésité qui frappe le monde est exagérée et qu’elle ne reflète pas les problèmes de santé à l’obésité. Quand est-ce qu’on est passé d’un mouvement d’acceptation à une critique de la littérature médicale sur les effets dévastateurs de l’obésité ? Non, la littérature scientifique regorge d’études qui montrent des effets systématiquement néfastes de l’obésité. Le dernier rapport en date montre qu’il y a 2 milliards de personnes qui souffrent d’obésité et donc, ce n’est pas un petit problème.6

Mais il est vrai que les médias et l’industrie contribuent à façonner une image idéale des personnes dans la société.7 Il n’est pas rare aujourd’hui de voir des femmes tellement maigres dans les magazines de beauté qu’on a l’impression qu’elles viennent directement de la Somalie après 6 mois de famine. Ce problème est beaucoup plus large et le réduire à la grossophobie serait malvenu et totalement malhonnête. Les gros nous disent qu’ils sont harcelés au travail ou qu’ils ont dû mal à se faire des amis, mais c’est le cas de nombreuses minorités telles que les handicapés, les personnes souffrantes du spectre autistique, les Seniors, les noirs, les migrants et j’en passe.8 9 10 De plus, le mouvement “anti-gros” se manifeste davantage dans les groupes plutôt sur sur des jugements individuels et cela dépend également comment on présente l’obésité. Entre le fait que l’obésité est provoqué par une gloutonnerie sans bornes et un manque d’exercice et le fait que l’obésité est favorisé par des facteurs génétiques, les réponses des personnes peuvent être très variable d’où l’intérêt de sanctionner les médias qui disent tout et n’importe quoi.11 12

À force de promouvoir la grossophobie comme un mouvement d’émancipation, on risque de négliger l’effet négatif de l’obésité. Les médecins s’accordent à dire que la grossophobie est très pénalisante sur la lutte contre l’obésité. Mais il faut trouver un compromis entre les deux. Il est vrai que dans notre société, on se dirige de plus en plus vers l’eugénisme médical avec le syndrome d’Angelina Jolie, mais ce n’est pas une raison pour inventer des mouvements sociaux à des objectifs purement militants.13 Si vous attaquez les médias en les sanctionnant pour qu’ils cessent de stigmatiser les grosses, alors on aura résolu une partie du problème.14 N’oubliez jamais que la majorité des personnes juge les autres par le prisme médiatique que ce soit via l’industrie publicitaire ou les médias. On peut dire le livre de Gabrielle Deydier est très très problématique, car il simplifie le problème de la normativité à outrance et qu’il est même très étrange qu’une seule personne s’accapare des mouvements d’acceptation qui sont plus larges. Et même le titre est moisi, car si, on peut naitre avec des prédispositions génétiques sur l’obésité, mais qui sont exacerbés par la société, mais également notre mode d’alimentation.15

Sources

2.
Low KG, Charanasomboon S, Brown C, et al. INTERNALIZATION OF THE THIN IDEAL, WEIGHT AND BODY IMAGE CONCERNS. soc behav pers. 2003;31(1):81-89. doi: 10.2224/sbp.2003.31.1.81
3.
Sutin AR, Terracciano A. Perceived Weight Discrimination and Obesity. Newton RL, ed. PLoS ONE. 2013;8(7):e70048. doi: 10.1371/journal.pone.0070048
4.
Murray S. (Un/Be)Coming Out? Rethinking Fat Politics. Social Semiotics. 2005;15(2):153-163. doi: 10.1080/10350330500154667
5.
Afful AA, Ricciardelli R. Shaping the online fat acceptance movement: talking about body image and beauty standards. Journal of Gender Studies. 2015;24(4):453-472. doi: 10.1080/09589236.2015.1028523
6.
Charpentier J. Obésité : 2 milliards de personnes dans le monde. actualite.housseniawriting.com. https://actualite.housseniawriting.com/science/2017/06/12/obesite-2-milliards-de-personnes-dans-le-monde/22249/. Published June 12, 2017. Accessed July 1, 2017.
7.
Grabe S, Ward LM, Hyde JS. The role of the media in body image concerns among women: A meta-analysis of experimental and correlational studies. Psychological Bulletin. 2008;134(3):460-476. doi: 10.1037/0033-2909.134.3.460
8.
Ravaud J-F, Madiot B, Ville I. Discrimination towards disabled people seeking employment. Social Science & Medicine. 1992;35(8):951-958. doi: 10.1016/0277-9536(92)90234-h [Source]
9.
Chan S, Huff Stevens A. Job Loss and Employment Patterns of Older Workers. Journal of Labor Economics. 2001;19(2):484-521. doi: 10.1086/319568
10.
Kunjufu J. The conspiracy to destroy Black boys. 1985.
11.
Teachman BA, Gapinski KD, Brownell KD, Rawlins M, Jeyaram S. Demonstrations of implicit anti-fat bias: The impact of providing causal information and evoking empathy. Health Psychology. 2003;22(1):68-78. doi: 10.1037/0278-6133.22.1.68
12.
Hofker M, Wijmenga C. A supersized list of obesity genes. Nat Genet. 2009;41(2):139-140. doi: 10.1038/ng0209-139
13.
Charpentier J. La phobie de la maladie mène au syndrome d’Angelina Jolie. actualite.housseniawriting.com. https://actualite.housseniawriting.com/science/2015/12/12/la-phobie-de-la-maladie-mene-au-syndrome-dangelina-jolie/11649/. Published December 12, 2015. Accessed July 1, 2017.
14.
Kirkland A. Think of the Hippopotamus: Rights Consciousness in the Fat Acceptance Movement. Law Soc Rev. 2008;42(2):397-432. doi: 10.1111/j.1540-5893.2008.00346.x
15.
Bell CG, Walley AJ, Froguel P. The genetics of human obesity. Nat Rev Genet. 2005;6(3):221-234. doi: 10.1038/nrg1556

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *